Optimiser le travail de groupe des élèves Utilisation de sociogrammes et identification des habiletés coopératives

Comment développer l’apprentissage coopératif ?


- Liaison avec le programme et place dans la progression
- Problème à résoudre
- Notions, savoir-faire, compétences
- Outils numériques et ressources

- Déroulement de la séquence
- Effets observés sur le travail et les résulats des élèves
- Analyse et évaluation du dispositif

Professeurs

LIAISON AVEC LE PROGRAMME
Niveau concerné Seconde
Partie du programme : toutes les parties de programme peuvent convenir
PLACE DANS LA PROGRESSION
Cette activité doit être réalisée au début d’une séquence

PROBLEME A RESOUDRE
La difficulté qui se pose souvent aux enseignants de SVT en début d’année est de devoir organiser des travaux de groupe avec des élèves vus quelques heures seulement. Si on peut réaliser une évaluation diagnostique pour identifier les difficultés individuelles des élèves, il est plus difficile d’anticiper leur capacité à travailler ensemble lors de travaux collectifs. L’apprentissage coopératif défini par Céline Buchs, Ingrid Gilles et Fabrizio Butera [1] « représente une situation d’enseignement-apprentissage structurée par l’enseignant […] de manière à assurer des relations sociales positives à l’intérieur des groupes ainsi que des apprentissages de qualité. » Nicolas Cohen détaille dans l’article de ce site « Faire coopérer les élèves au lycée en SVT » les raisons pour lesquelles les situations de coopération sont favorables aux apprentissages. Il y relève la nécessité d’un apprentissage de la coopération préalable à sa mise en œuvre. Dans cet esprit une expérimentation a été réalisée avec un groupe de seconde hétérogène pour lequel un investissement de l’ensemble des élèves était difficile à mettre en œuvre.

NOTIONS, SAVOIR-FAIRE, COMPETENCES
Compétences
  • Coopérer et réaliser des projets
  • Maîtriser l’expression de sa sensibilité et de ses opinions, respecter celles des autres
  • Exercer son esprit critique, faire preuve de réflexion et de discernement
ACTIVITE
Durée : questionnaires : 10 minutes, tableaux en T : 30 minutes, lectures puis commentaires du blog : 15 minutes Coût : aucun Sécurité : sans objet

Outils numériques et ressources

Déroulement global de la séquence

Déroulement détaillé de la séquence

Il a d’abord été prévu un travail spécifique sur les habiletés coopératives qui devait être réalisé en binôme. En effet, si les élèves ont souvent travaillé en groupe au cours de leur scolarité, ils ont rarement eu l’occasion d’identifier ce qui permet de bien travailler ensemble sur une tâche ou sur la manière de coopérer en parole et en gestes. Comme cette ½ classe était constituée d’élèves présentant des incompatibilités ayant donné lieu à des comportements inappropriés et à des sanctions à l’échelle de l’établissement, la méthode des sociogrammes de Moreno a parallèlement permis de constituer des groupes permettant un travail serein et efficace.
Cette méthode nécessite de faire passer un rapide questionnaire, outil d’identification du tissu relationnel et affectif du groupe, aux élèves. A partir des réponses données, un réseau des relations entre les élèves est construit.

Réalisation du sociogramme

Le professeur présente le type d’activité de groupe qu’il est prévu de réaliser (ici une tâche complexe sur le devenir de la matière organique morte à la surface du sol) et indique que les groupes seront constitués de quatre élèves. Il précise qu’il ne s’agit pas de se retrouver avec un(e) de ses meilleur(e)s camarades mais de se mettre dans des conditions favorables pour que chaque groupe réussisse.

Sur une feuille chaque élève doit inscrire

  • son nom souligné, puis en dessous
  • le nom de la personne avec laquelle il pense pouvoir travailler pour réussir l’activité de groupe prévue.

Après avoir tracé une ligne, l’élève inscrit le nom d’une personne avec qui il pense ne pas pouvoir réussir l’activité prévue.

Le professeur indique également que les papiers serviront uniquement à élaborer un diagramme dans le but de constituer des groupes de travail et que ces résultats ne seront jamais communiqués aux camarades ni aux parents. S’ils étaient utilisés, ces résultats seraient rendus anonymes.
Il précise aussi que les groupes pourront être réajustés dans le temps selon différents critères.

A partir des réponses des élèves on construit un diagramme de leurs relations. Cela peut être effectué à la main ou à l’aide de logiciels. On peut par exemple utiliser un tableur associé à un logiciel en anglais libre, gratuit et multiplate-forme et simple à utiliser : Social Network Visualizer 2.3

On complète alors une feuille de calcul (voir modèle joint en pied d’article) qu’on enregistre dans un format compatible avec le logiciel.
On indique le nom du groupe (Network), les noms des élèves (Vertices) associés à un numéro puis les relations entre élèves (Arcs) qui sont codées.
Remarque : Ne pas laisser de ligne vide entre le dernier élève et la ligne *Arcs.

Exemple de fichier complété pour une classe fictive
Dans ce cas on a demandé deux noms de collaborateurs possibles. Dans le cas d’un groupe de travaux pratiques de 18 élèves ou moins il est plus simple de ne demander qu’un seul nom de collaborateur(trice).

Une fois le fichier codé il est enregistré.
Exemple avec Libre Office.

Il faut ensuite ouvrir le logiciel Social Network Visualizer 2.3 et choisir un « Import » « Pajek ».

Puis choisir le fichier qui vient d’être créé grâce au tableur.

Pour éviter les problèmes avec les caractères accentués, il est possible de choisir un mode d’encodage des caractères à ce moment. Choisir ISO-8859-1.

Le réseau qui s’ouvre, témoigne immédiatement des difficultés du groupe si elles existent. Les associations non désirées sont représentées en pointillés et les associations souhaitées sont en traits pleins. Ici un élève (placé au sommet du graphe) a été identifié par la très grande majorité des membres du groupe comme non compatible avec la réussite de l’activité prévue.

Autre exemple :

les élèves identifiés dans l’ovale bleu sont en conflit, l’élève surligné en jaune est identifié comme non compatible avec la réussite de l’activité par de très nombreux élèves. Des associations de type binômes souhaités se dégagent pour d’autres élèves (traits pleins parallèles).

Le logiciel propose divers algorithmes qui permettent de représenter les relations entre les élèves de différentes manières.
Ainsi le Degré de Prestige met en évidence les élèves auxquels les autres font le plus confiance pour réussir l’activité.

A noter, le logiciel demande s’il faut considérer le poids des relations. Il faut répondre oui puisque lors du codage on a affecté un coefficient aux différentes relations.
Exemple fictif :

Le logiciel comporte des modèles, comme celui de Fruchterman-Reingold, où les nœuds sont placés comme s’ils étaient chargés électriquement. Les élèves avec le plus d’affinités s’attirent et les autres se repoussent.

Exemple d’un groupe de seconde :

Le modèle de Fruchterman-Reingold fournit ainsi, en un clic, une base de travail qu’il ne reste plus qu’à modifier manuellement par glisser-déplacer en intégrant les autres critères choisis (hétérogénéité, groupe de besoin ou autre contrainte) pour constituer les groupes.

La représentation graphique permet, de plus, de conserver la trace de l’organisation obtenue et peut servir de plan de classe. Pour ce faire, un export sous forme d’image est le plus pratique.

Exemple de résultat obtenu :

On peut, si nécessaire, apporter des modifications manuelles supplémentaires à un sociogramme.

Il est également possible de modifier les formes et les couleurs des nœuds. On peut ainsi attribuer des codes couleurs aux élèves selon des critères variés.

Le travail peut enfin être sauvé dans un format compatible avec le logiciel en utilisant Network, Save as. Le format d’enregistrement est le graphml.

Une fois l’utilisation du fichier tableur connue, le temps de réalisation d’un sociogramme puis d’un plan de 1/2 classe peut être estimé à 15 minutes environ.

Travail sur les habiletés coopératives

Après la passation du questionnaire, les élèves ont pu travailler sur les habiletés coopératives.
Ils ont été placés par binômes. Un travail initial collectif a permis de rassembler, au tableau les qualités nécessaires quand on souhaite travailler et coopérer en groupe. Les élèves de seconde connaissent bien ces qualités et cette étape a été rapide à réaliser.

Il leur a ensuite été proposé de choisir une de ces qualités et de réaliser un tableau en T.

Le mémento "Agir sur le climat de classe et d’établissement par la coopération entre élèves au collège et au lycée » [2] en expose la méthode de réalisation p 42 :
- Choisir le comportement que l’on souhaite étudier (par exemple chuchoter)
- Écrire dans la colonne de gauche les attitudes que l’on peut observer et qui prouvent que la compétence est mobilisée (on imagine que l’observateur est sourd)
- Écrire dans la colonne de droite les éléments « entendus » qui illustrent la maîtrise de la compétence (on imagine que l’observateur est aveugle).

Après un travail au brouillon, les élèves ont rédigé leur tableau en T sur feuille et l’ont rendu.

Le remplissage de la colonne « Ce que j’entends » a suscité beaucoup d’interrogations et de discussions au sein des binômes. Les élèves ont posé de nombreuses questions au professeur qui les a incités à imaginer la situation, voire à la jouer pour modéliser les échanges verbaux entre élèves lors d’une coopération.
Le professeur a ensuite choisi de recopier les diagrammes dans des billets du Blog « Compétences pour collaborer et coopérer » sur l’Environnement Numérique de Travail du lycée (MonLycee.net) pour la séance suivante. Ce blog, créé par le professeur, a été partagé avec l’ensemble des élèves de la classe. Cette étape, réalisée par le professeur, permet de gagner du temps et de familiariser progressivement les élèves avec l’usage du Blog. En effet, l’utilisation de l’ENT et de l’application « Blog », consomme une partie des ressources cognitives des élèves les plus en difficulté tant qu’ils ne sont pas habitués à son utilisation. Leur faire recopier leurs tableaux sur le blog aurait eu pour effet de les décentrer de la tâche proposée qui aurait été moins bien réussie.

A la séance suivante, les élèves ont pris connaissance de l’ensemble des billets et ont dû rédiger au moins une critique constructive, avec des propositions d’amélioration, d’un billet dont ils n’étaient pas les auteurs.

Exemple :

Commentaires (2)


, il y a 2 mois

Il faut entendre des mots d’encouragements. On doit voir des élèves investis individuellement pour une bonne cohésion dans le groupe. ex pour ce que j’entends : "allez courage c’est important", "on continue !" ou pour ce que je vois : ils travaillent chacun sur leur feuilles et mettent en commun par la suite.


, il y a 2 mois

ce que je vois : s’il l’un des élève ne comprend pas l’autre lui explique ce que j’entends : t’as pas compris ?

Les billets et leurs commentaires ont ensuite été relus par l’ensemble des élèves.

Finalement le blog constitue une banque de critères observables permettant aux élèves de s’auto-évaluer pour vérifier s’ils mettent en œuvre toutes les compétences nécessaires à une coopération efficace. Il est par ailleurs une source de satisfaction pour l’ensemble des élèves de la classe. En effet chacun d’entre eux a pu réaliser le travail demandé et participer à ce travail collectif. Tous les élèves ont expérimenté une situation de réussite. Ceux qui étaient les plus à l’aise ont pu développer plus d’observables et travailler sur la précision du vocabulaire descriptif. Grâce à l’utilisation de l’ENT, le travail des élèves a pu être partagé avec le reste de l’équipe éducative. Cela a valorisé et formalisé les compétences transversales acquises.

A la séance suivante, les élèves ont mis en pratique leur réflexion sur les habiletés coopératives dans le cadre de la réalisation d’une tâche complexe par groupes de 4 élèves, selon le plan de classe établi grâce au sociogramme. Le sujet concernait le devenir de la matière organique morte à la surface du sol. Il comportait des activités pratiques et documentaires. Les comptes rendus, schémas et analyses de documents ont été scannés et partagés sur un mur collaboratif, spécifique au groupe, sur l’ENT.

EFFETS OBSERVES SUR LE TRAVAIL ET LES RESULTATS DES ELEVES

L’implication des élèves a été de plus en plus importante et ils ont commencé à progresser d’une séance à l’autre.
Des élèves initialement très passifs ont réussi à rédiger les paragraphes demandés et à les améliorer. Un travail sur le vocabulaire scientifique a ensuite été engagé en binômes et il est devenu possible de mener les séances dans une atmosphère agréable. Les échanges entre élèves ont été nombreux et les questions posées au professeur pendant les activités de groupes ont été beaucoup plus précises. S’agissant d’un échantillon de 16 élèves, il est très difficile d’attribuer précisément les progrès observés au travail sur les habiletés coopératives. Il est, en revanche, très net qu’une dynamique de classe est apparue en SVT après la réalisation de ce travail.
Les élèves de cette classe sont évalués par compétences en SVT. La comparaison des résultats obtenus pour les devoirs 2 (avant travail sur les habiletés coopératives et travaux en groupes de 4) et 3 (après) permet d’identifier une progression pour quelques élèves qui étaient en difficulté depuis le début de l’année. Il est cependant difficile de tirer des conclusions quantitatives à partir d’un si petit échantillon.

Les couleurs indiquent si la compétences travaillée est non acquise (rouge), en cours d’acquisition (orange) ou acquise (vert). Les élèves absents ont réalisé une évaluation différente à un autre moment et n’apparaissent pas ici.

ANALYSE DU DISPOSITIF
Points de vigilance Au delà des bénéfices directs espérés en SVT, ce type de travail aide les élèves à formaliser et expérimenter de nouvelles stratégies d’apprentissage.
Il y a cependant des points de vigilance à connaître quand on pratique le travail de groupe. Benoît Galand [3] indique qu’« observer la réussite ou l’échec d’autres personnes dans une tâche […] peut jouer sur le sentiment d’efficacité d’un individu par rapport à cette tâche. Surtout si ces personnes partagent avec lui un certain nombre de points communs qui facilitent le processus d’identification (âge, genre, niveau scolaire, etc.) » Mieux maîtriser la composition des groupes et être capable de la faire varier en fonction des tâches selon des critères précis permet de limiter les effets négatifs de la comparaison de ses propres performances avec celles d’autrui, particulièrement problématique pour les élèves en difficulté.
Plus-values dégagées On peut alors tirer partie des effets positifs du travail de groupe. Suite au travail sur les habiletés coopérative, les conflits socio-cognitifs qui apparaissent naturellement entre les élèves sont gérés de façon à ce que la tâche soit effectuée. Les interactions nombreuses entre les élèves d’un même groupe aident à la compréhension et à la construction de nouvelles connaissances. Enfin, le professeur peut, en passant dans chaque groupe, mettre en évidence les améliorations possibles face à une tâche effectuée en utilisant telle ou telle stratégie. Chaque amélioration constatée dans le travail est utilisée comme une preuve que l’application de la stratégie était efficace. Benoit Galand conclut ainsi que c’est la « combinaison de la construction de nouvelles compétences et de leur validation graduelle à travers des feed-backs sur la maîtrise de ces compétences qui s’est révélée payante avec des élèves qui doutaient fortement de leurs capacités. » Il devient ainsi possible de faire progresser à nouveau des élèves qui semblaient s’être résignés à un rôle de figuration scolaire.
Pistes d’amélioration Même si le travail réalisé par les élèves a été communiqué aux autres membres de l’équipe pédagogique, son impact est resté circonscrit à la discipline. Le transfert à d’autres situations scolaires semble possible, si la meilleure maîtrise des habiletés coopérative est réutilisée dans d’autres contextes. L’acquisition, avec le temps et la formation, d’usages numériques plus naturels pour l’ensemble des enseignants et des discussions, à venir dans le cadre de la mise en œuvre d’un nouveau projet d’établissement, sont des leviers possibles pour aider les élèves à progresser.

En conclusion

Le travail sur les habiletés coopératives et les travaux de groupes permet aux élèves d’améliorer leurs stratégies d’apprentissage et de se sentir mieux en classe. Ils développent alors leurs compétences psycho-sociales. C’est la raison pour laquelle un travail de ce type s’inscrit dans le parcours éducatif de santé des élèves.

Notes

[1Apprendre et Faire apprendre E. Bourgeois et G. Chapelle, Puf, chapitre 14

[2Site climat scolaire du Réseau Canopé

[3Apprendre et Faire apprendre, E. Bourgeois et G. Chapelle, Puf, chapitre 17, Avoir confiance en soi

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