Quid des reconstitutions de fossiles de la lignée humaine ?

Faut-il intégrer au logiciel "homininés" des images de reconstitutions ?

Difficile d’éviter les images de reconstitutions dans les articles de magazines traitant de la lignée humaine. En vidéo, les animations ne se comptent plus.

Quand nous avons posé la question de l’intérêt de ces reconstitutions aux chercheurs qui nous aidaient dans notre travail préparant le logiciel "homininés", ils nous ont mis en garde contre ces représentations parfois sujettes à controverses.

- Quelle est donc la part du travail rigoureux, voire scientifique dans la réalisation de ces silhouettes qui frappent tant notre imagination ?
- Peut-on intégrer dans notre logiciel des images de ces reconstitutions, de manière à rendre plus accessibles, plus « réelles » les espèces étudiées ?

Pour éclaircir nos idées sur la question, nous sommes allés rencontrer Elisabeth Daynès dans son atelier. Cette artiste c’est spécialisée dans les reconstitutions de fossiles de la lignée humaine depuis plusieurs années.

Elisabeth Daynès travaille essentiellement à partir de crânes (moulages) ou reconstitutions par stéréo lithographie.

Elle s’aide des conseils d’un médecin de police scientifique, anthropologue, féru de paléoanthropologie (Jean Noël Vignal).

Elle consulte également les paléoanthropologues (Christine Berge : CNRS spécialiste locomotion des australopithèques - Bernard Van der Meersch Université Bordeaux) et spécialistes en anatomie comparée ( Yoel Rak faculté de médecine de Tel Aviv).

Elle utilise des ouvrages d’anatomie lors de la création des sculptures.
L’anatomiste renseigne sur l’épaisseur probable des parties molles au niveau d’une vingtaine de points anatomiques répertoriés.
Ces épaisseurs sont matérialisées par des allumettes placées sur le moulage du crâne.
Elle sculpte à la terre sur le moulage en respectant ces épaisseurs, puis façonne la peau et les rides.

Un moule négatif est réalisé avec plusieurs couches de silicone et de la résine + fibres de verre. Il sert à réaliser en suite la sculpture en silicone, rigidifiée par de la résine. Une armature métallique peut soutenir l’ensemble.

Il faut alors réaliser la teinte de la peau au niveau des parties visibles (choix des couleurs liée aux espèces actuelles et au climat dans lequel vivait le fossile).
De même, la pilosité respecte l’idée que l’on se fait de l’espèce représentée, chaque poil et chaque cheveu est placé en perçant la "peau" en silicone.

Il faut compter au moins trois mois pour réaliser une sculpture. Au moins trois personnes travaillent en permanence sur les œuvres, plus un poste administratif. D’autres artistes participent aux réalisations, selon les besoins. 3 à 4 semaines sont nécessaires, à temps plein, pour placer les poils et cheveux, puis les habits, fourrures, outils...

E. Daynès insiste sur l’intérêt de ses œuvres pour la vulgarisation scientifique, pour capter l’attention des visiteurs et marquer leur imaginaire, dans le but de les pousser à s’informer davantage.

Vous trouverez des informations complémentaires sur le site :
http://www.daynes.com/fr/accueil/accueil.php

JC Lyonnet. Décembre 2007

La qualité du travail d’Elisabeth Daynès, et la rigueur de ses méthodes de travail nous ont convaincu d’incorporer à la version 2 du logiciel Homininés quelques photos des reconstitutions correspondant aux fossiles de la base de données.
Il convient d’accompagner l’élève qui doit regarder ces images pour ce qu’elles sont : non pas la réalité connue des espèces étudiées, mais la représentation habile de l’idée que se font des spécialistes de ce que pouvaient être des individus dont seuls des restes sont connus.

JC Lyonnet, octobre 2008.

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