Enseignement scientifique

"C’est bien fait ! ", un jeu pour aborder la distinction entre savoirs, opinions et croyances

Portées par le développement du web, amplifiées par les réseaux sociaux, les fausses informations ont pris une place importante dans le débat public.
À l’occasion de la pandémie de Covid19, la circulation de ces fake news est venue se confronter à la communication des résultats scientifiques et en altérer les messages, révélant s’il en était besoin la méconnaissance du grand public – et du monde des médias – du fonctionnement de la science, avec pour conséquence l’installation d’une certaine défiance.

Le programme d’enseignement scientifique du cycle Terminal s’inscrit dans le développement d’une culture scientifique nécessaire aux citoyens, comme l’indique son préambule.
Il s’y prête aussi par ses thèmes, en particulier celui sur le climat, tant il apparaît aujourd’hui que l’urgence climatique et l’impact qu’elle va avoir sur le quotidien de tout un chacun, impliquant peut-être un jour des décisions difficiles et des restrictions, constituera un nouveau terrain favorable pour les groupes de désinformation qui se sont constitués et fortifiés lors de la pandémie.

Professeur

Bruno BOUCHER, au lycée Camille Claudel, Vauréal (95)

 Caractéristiques de la séquence

LIAISON AVEC LE PROGRAMME
Niveaux concernés Terminale
Partie du programme Préambule
Le but essentiel de l’enseignement scientifique est de dispenser une formation scientifique générale pour tous les élèves, tout en offrant un point d’appui pour ceux qui poursuivent et veulent poursuivre des études scientifiques. Il ne vise pas à construire un savoir encyclopédique mais cherche plutôt à atteindre trois buts intimement liés :

  • contribuer à faire de chaque élève une personne lucide, consciente de ce qu’elle est, de ce qu’est le monde et de ce qu’est sa relation au monde ;
  • contribuer à faire de chaque élève un citoyen ou une citoyenne responsable, qui connaît les conséquences de ses actions sur le monde et dispose des outils nécessaires pour les contrôler ;
  • contribuer au développement en chaque élève d’un esprit rationnel, autonome et éclairé, capable d’exercer une analyse critique face aux fausses informations et aux rumeurs.
PLACE DANS LA PROGRESSION
  • Ce jeu a été testé en tout début d’année, lors de la première séance, en guise d’introduction au programme de l’année, afin de lui donner une coloration et un objectif : plus que les connaissances, ce sont les chemins suivis pour les construire qui sont importants.
    De fait on ne va pas faire semblant de découvrir qu’il y a un réchauffement climatique et qu’il est d’origine anthropique. On s’attachera donc surtout à comprendre pourquoi c’est un savoir et sur quoi il s’est construit.
MOTIVATION
Le jeu est introduit autant que possible par un fait d’actualité en lien avec le programme dans lequel on a observé de la désinformation.
Pour ce début d’année scolaire 2022, je me suis appuyé sur les températures élevées de l’été, qui ont fait fleurir des tentatives de manipulation sur les réseaux sociaux.
L’objectif affiché est de montrer la nécessité de comprendre le fonctionnement de la science et de posséder un minimum de culture scientifique.

  Déroulement de la séquence

ACTIVITÉ
Durée : 1h
- étape 1 : 25 minutes
- étape 2 : 15 minutes
Horaire total : 1 heure
Coût : quelques euros si on plastifie les supports Sécurité : RAS
Outils numériques et ressources
Le plateau de jeu


Le support se compose d’un plateau de jeu et de cartes plastifiées.



Handi-accessibilité
Le jeu est accessible sur différents supports : papier mais aussi ordinateur, tablette, smartphone, réservant ainsi différentes tailles pour les caractères et les images.

Déroulement détaillé

Étape 1 : Jeu C’est bien Fait !

Au choix, on peut définir Faits, Croyances et Opinions avant ou laisser les élèves découvrir les définitions sur le plateau.
Les définitions utilisées dérivent de celles proposées par Guillaume Lecointre dans son livre Savoirs, opinions croyances. J’ai volontairement simplifié et j’encourage à se reporter à son ouvrage pour une meilleure compréhension.

Qu’est-ce qu’un fait ?

Un fait :
- S’appuie sur des observations et des mesures qui peuvent être vérifiées.
- Est validé collectivement.

Il peut être réfuté par de nouvelles observations et mesures acceptées collectivement.
Qu’est-ce qu’une croyance ?

Une croyance :
- S’appuie sur la confiance dans une autorité, sans besoin de validation objective (par des mesures)
- S’assume individuellement ou collectivement.

Une croyance ne s’appuie pas sur des faits et n’est pas réfutable au même titre qu’un fait.
Qu’est-ce qu’une opinion ?

Une opinion :
- S’appuie sur une multitude de sources : faits, croyances, vécu…
- S’assume individuellement.

Une opinion ne s’appuie pas que sur des faits. Chacun(e) peut avoir une opinion différente.

Le jeu peut ensuite commencer.

Modalités
par groupe de 3 ou 4.
Il faut donc prévoir 9 à 12 jeux pour une classe entière
Durée : 15 minutes
Mise en place : mélanger les cartes proposition puis poser la pile sur le plateau de jeu de manière à ce que chacun(e) puisse attraper une carte.
Règle du jeu : un joueur prend la carte du dessus et lit la proposition. Le joueur le plus rapide à indiquer s’il s’agit d’un fait, d’une opinion ou d’une croyance gagne un point. Une justification donne un deuxième point. Ensuite un autre joueur tire une carte et ainsi de suite jusqu’à épuisement des cartes.
Les cartes sont posées dans la case adéquate du plateau de jeu (Fait ou Croyance/Opinion)
Le joueur avec le plus de points gagne.

Remarques :

  • Je n’ai pas voulu distinguer les Croyances des Opinions, et parmi les Croyances celles qui sont religieuses. L’objectif est d’abord pour moi de savoir reconnaître un fait au sens scientifique.
  • J’ai choisi le mot Fait au lieu du mot Savoir qu’utilise Guillaume Lecointre dans son livre "Savoirs, opinions, croyances", parce qu’il me semblait plus parlant pour les élèves et qu’il fait davantage partie du vocabulaire complotiste. Mais je lui donne ici un sens beaucoup plus large qui est discutable puisque j’y inclus non seulement l’observation ou la mesure mais aussi la théorie acceptée dans laquelle elle s’inscrit.
  • J’ai limité le nombre de questions pour garder un temps raisonnable. Autant que possible, j’ai cherché des questions qui pouvaient être liées au programme d’enseignement scientifique.
    Le trait est souvent forcé pour les croyances et les opinions, ce qui est discutable :
    • les croyances sont des propositions fausses et plutôt antiscientifiques
    • les opinions comportent un jugement de valeur.

Avec le lien proposé, chacun peut adapter en choisissant ses propres questions.

Étape 2 : Les niveaux de preuve

Dans un second temps, une fois défini qu’un fait se justifie collectivement par des preuves, une réflexion est lancée sur ce qu’est une preuve acceptable.
Les étapes de la publication d’un article scientifique sont présentées afin d’amener la notion de revue par les pairs.

On donne ensuite la seconde planche sur les niveaux de preuve et les étiquettes à replacer.

Infographie sur les niveaux de preuve
Modalités
par groupe de 3 ou 4, afin de laisser les élèves discuter en cas de désaccord.
Il faut donc prévoir 9 à 12 jeux pour une classe entière
Durée : 5 minutes

 Focus sur un outil : CANVA

Logo Canva
CANVA est d’abord une plateforme de création d’infographies (design). Elle propose de nombreux modèles et une riche banque d’images même dans la version gratuite. Un compte enseignant donne accès à plus de possibilités.
Les créations réalisées peuvent être exportées dans différents formats d’image et en pdf.
Le modèle de la création peut aussi être partagé de manière à être repris et modifié par un autre utilisateur.

La plateforme s’est récemment enrichie d’outils collaboratifs.

Un tutoriel Canva

 Analyse et pistes d’amélioration

ANALYSE ET ÉVALUATION DU DISPOSITIF
Plus-values dégagées
  • Ces activités ludiques ont permis une prise de contact dynamique et sympathique avec le public hétérogène des classes de Terminale en Enseignement scientifique, parfois rétives à faire des sciences.
Difficultés rencontrées
  • Plusieurs élèves ignoraient ce qu’est l’homéopathie. Cet exemple montre que la préparation des questions doit anticiper les limites des connaissances générales des élèves et rester plus proche des programmes des enseignements.
Pistes d’amélioration
  • Certaines propositions de croyances pourraient être moins caricaturales et ne pas être aussi systématiquement fausses, de manière à enrichir la vision donnée.
  • L’expérience aurait pu être prolongée par une exercice d’application dans lequel un exemple donné doit être qualifié de fait ou de croyance de manière justifiée.

Voir en ligne : Lien vers le modèle dans Canva

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