En Première Spécialité SVT

Dans le cadre de l’enseignement explicite : modélisation de la structure interne du globe (le modèle PREM)

Hodochrone, modèle radial de vitesse des ondes sismiques, structure interne du globe, modèle numérique, zone d’ombre, discontinuité, saut de vitesse

Le modèle PREM, a permis de présenter en 1981 le premier modèle élaboré de structure interne du globe, basé sur l’étude des variations de vitesse de propagation des ondes sismiques de volume. Cet article décrit une activité basée sur l’enseignement explicite permettant de faire comprendre aux élèves comment ce modèle a été élaboré, en leur proposant de construire pas-à-pas un modèle numérique grâce à Tectoglob 3D.

Mis à jour le jeudi 29 janvier 2026 , par Olivier License

L’ENSEIGNEMENT EXPLICITE : UN LEVIER POUR LES APPRENTISSAGES EN SVT

Professeur

Olivier LICENSE, au lycée Richelieu (92)

Le modèle PREM (Preliminary Reference Earth Model) propose une structuration interne de la Terre sous forme de couches sphériques concentriques, depuis la surface jusqu’au centre de la planète. Appelé aussi « modèle en pelures d’oignon », il a été publié en 1981. Fondé essentiellement sur les variations de vitesse de propagation des ondes sismiques P et S traversant le globe terrestre, il représente l’aboutissement de près d’un siècle de recherche sismologique.

Caractéristiques de la séquence

LIAISON AVEC LE PROGRAMME
Niveau concerné Première spécialité SVT
Partie du programme La Terre, la vie et l’organisation du vivant – Structure interne du globe
Place dans la progression Cette séance de TP s’inscrit après l’étude des ondes sismiques et la découverte de la discontinuité de Mohorovicic. Elle permet de généraliser la notion de discontinuité afin d’expliquer la zone d’ombre et de construire progressivement un modèle radial de vitesse.
Motivation en faveur de l’enseignement explicite Cette notion repose sur une démarche méthodologique complexe, itérative et outillée numériquement avec les logiciels TECTOGLOB3D (modélisation, comparaison de données réelles et simulées) et tableur/grapheur, nécessitant donc un guidage fort et progressif.
Problème à résoudre

Comment expliquer la zone d’ombre sismique observée sur les hodochrones des ondes P, et comment tester cette hypothèse à l’aide d’un modèle numérique de structure interne du globe ?

NOTIONS, SAVOIR-FAIRE, COMPETENCES
Notions Extrait du programme de Première spécialité SVT : « Les informations tirées du trajet et de la vitesse des ondes sismiques permettent de comprendre la structure interne de la Terre (croûte – manteau – noyau ; modèle sismique PREM [Preliminary Reference Earth Model]. »
Savoir-faire
  • Construire et interpréter un hodochrone.
  • Élaborer, tester et critiquer un modèle numérique.
  • Comparer données réelles et données simulées.
Compétences
  • Pratiquer une démarche scientifique.
  • Utiliser des outils numériques.
  • Raisonner, argumenter et communiquer scientifiquement.
Cadre de référence des compétences numériques (CRCN)
  • DOMAINE 1 : INFORMATIONS ET DONNÉES
    Compétence 1.3 : Traiter des données
  • DOMAINE 3 : CRÉATION DE CONTENUS
    Compétence 3.1 : Développer des documents textuels
    Compétence 3.2 : Développer des documents multimédia

ACTIVITÉS

Durée totale ouverture modelage pratique guidée pratique autonomeclôture
2h20 40 min 30 min 25 min 25 min 20 min

Déroulement global de la séquence

Déroulement détaillé de la séquence

Ouverture

  • L’accroche :
    Au début du XXe siècle, l’étude approfondie des séismes commence véritablement, avec le recensement à l’échelle de la planète des tremblements de terre et l’analyse des sismogrammes permettant l’identification des différentes ondes sismiques. C’est le point de départ de la découverte de la structure interne du globe.
    Les sismologues ont pu mettre en évidence l’existence d’une « zone d’ombre » sismique, toujours située à la même distance de l’épicentre et comprise entre 105° et 142° de distance angulaire (11 500 km – 14 500 km). Dans cette zone, les sismographes n’enregistrent aucune onde P directe.
  • L’objectif d’apprentissage et la tâche scolaire permettant d’y travailler :
    A travers cette activité, on cherche à construire un modèle de structure interne du globe pour tester l’hypothèse d’une discontinuité expliquant la zone d’ombre sismique, en construisant et en testant différents profils de vitesse des ondes P. Il y a donc plusieurs objectifs notionnels derrière cet objectif complexe :
     Comprendre ce qu’est un hodochrone.
     Comprendre ce qu’est le modèle sismique de référence de structure interne PREM.
     Comprendre comment se construit un modèle numérique (avec itération).
     Comprendre comment est testé un modèle numérique à partir de la comparaison de données réelles et de données issues des simulations numériques.
  • La réactivation des connaissances nécessaires pour appréhender le nouvel apprentissage :
    Rappels sur la notion de discontinuité avec la discontinuité de Mohorovičić (Moho) et sur les propriétés physiques des ondes sismiques utilisées pour mettre en évidence ces discontinuités.
  • L’hypothèse à faire formuler par les élèves et expliquant cette zone d’ombre, est celle de l’existence d’une discontinuité entre le manteau et une couche plus profonde (noyau) qui réfracte les ondes P.
Documents pour la réactivation des connaissances préalables pertinentes Exemples de questions
Document ressources présentant les notions de séisme, sismogramme, hodochrone, les ondes de volume et les lois de propagation, réflexion, réfraction des ondes sismiques



Fiche activité élève



Tableau vierge élève à compléter pour tracer les hodochrones (réels et théoriques)


  • Définition de discontinuité ?
  • Quelles sont les caractéristiques du Moho ? (profondeur, enveloppes séparées)
  • Comment l’a-t-on mis en évidence ?
  • Quelle propriété physique des ondes sismiques a-t-on utilisée ?
  • Qu’est-ce qu’un hodochrone ?
  • Quels paramètres trouve-on sur les axes ?
  • Avez-vous repéré la zone d’ombre sur votre graphique ?
  • Quelle est votre hypothèse pour l’expliquer ?
  • Comment pourrions-nous tester la validité de cette hypothèse sachant que nous ne savons pas creuser à plus de 12 262 m de profondeur depuis la surface ?

Modelage

Lors de ce modelage, la tâche réalisée devant les élèves mobilise les habiletés suivantes :

  • Construire un premier modèle simple avec une vitesse des ondes P constante (V = k).
  • Générer un hodochrone simulé à partir du modèle théorique.
  • Comparer l’hodochrone simulé à l’hodochrone réel.
  • Critiquer le modèle numérique.

Lors des interactions avec les élèves, il s’agira :

  • de mobiliser les connaissances sur les propriétés des ondes sismiques ;
  • de verbaliser les choix effectués (« haut-parleur sur la pensée ») pour réaliser le modèle de profil de vitesse théorique ;
  • de questionner la cohérence physique du modèle ;
  • de confronter systématiquement modèle et observations.
Le déroulé de la démonstration montrée par le professeur est le suivant :Exemples de questions :
1. Présentation de la partie modèle de Tectoglob 3D et création d’un premier modèle simple à vitesse constante quelle que soit la profondeur.

Capture de la fenêtre du logiciel présentant le modèle V = k



2. Obtention de l’hodochrone théorique associé avec logiciel tableur-grapheur.
3. Comparaison avec les données réelles.
4. Critique du modèle avec mise en évidence des limites (absence de zone d’ombre, rais rectilignes), et nécessité de l’améliorer.

  • Que signifie une vitesse constante en profondeur (nature, propriété physique des roches) ?
  • Quelle est la valeur de la vitesse choisie dans ce modèle ?
  • Que signifie un écart entre les hodochrones observé et calculé ?
  • Dans quel cas un modèle pourra-t-il être validé ?
  • Quelles critiques du modèles pouvons-nous formuler ?
  • Quelle propriété physique des roches évolue avec la profondeur ?
  • Comment traduire cette évolution sur la vitesse des ondes P ? puis sur le profil de vitesse afin d‘améliorer le modèle ?

Pratique guidée

Les élèves, en binôme ou en solo, construisent un second modèle plus complexe, dans lequel la vitesse des ondes P augmente linéairement avec la profondeur (V = k*profondeur + k0).
Ils appliquent la méthode présentée dans le modelage par le professeur avec le même déroulé :
1. Ils créent le modèle de vitesse.

Capture de la fenêtre du logiciel présentant le modèle V = k*profondeur + k0

2. Il construisent l’hodochrone théorique sur le fichier à compléter précédent.
3. Ils le comparent à l’hodochrone réel (rais courbes mais toujours pas de zone d’ombre, vitesse parfois sous ou sur-évaluée).
4. Ils formulent une critique argumentée et proposent une amélioration (création d’une discontinuité provoquant un saut de vitesse).

Les interactions orales et l’étayage portent sur :Exemples des questions :
1. le choix des paramètres du modèle ;
2. l’interprétation des écarts observés ;
3. l’identification de ce qui manque encore au modèle.
  • Quelle valeur de k0 ?
  • Comment trouver k ?
  • Quelles critiques du modèles pouvons-nous formuler ?
  • A-t-on pris en compte l’existence d’une discontinuité jusqu’à présent ?
  • Comment traduire une discontinuité dans le modèle, sur le profil de vitesse ?

La vérification de la préparation à la pratique autonome repose sur la capacité des élèves à expliquer les limites de ce modèle et à proposer une amélioration pertinente. Il est important de demander directement à l’élève s’il se sent prêt à tenter l’exercice seul. Il faut bien garder en tête que cette méthode est perméable et qu’un retour en pratique guidée est toujours envisageable même au cours de l’exercice de pratique autonome. Le tout est de tenter au maximum de suivre le rythme de l’élève ou du binôme.

Pratique autonome

Les élèves améliorent à nouveau leur modèle en introduisant une discontinuité marquée par un saut de vitesse et traduisant un changement de nature ou d’état physique des matériaux.
Ils construisent les nouveaux hodochrones, identifient l’apparition de la zone d’ombre et évaluent la pertinence du modèle ainsi obtenu.

Capture de la fenêtre du logiciel présentant le modèle avec saut de vitesse et accélération
Capture de la fenêtre du logiciel présentant le modèle avec saut de vitesse et décélération

Exemples de questions :

  • A quoi peut être dû une discontinuité dans le globe ?
  • Quel est l’impact d’un changement de la nature ou de l’état physique d’une roche sur la vitesse ?
  • Comment se traduirait ce changement sur la vitesse et donc dans le modèle ?
  • Que représente un saut de vitesse ?
  • Quelle pourrait être la raison d’un saut de vitesse avec accélération ou décélération ?

L’enseignant aide les élèves à prendre conscience :

  • des réussites méthodologiques (démarche de modélisation, construction de l’hodochrone théorique et comparaison à l’hodochrone réel) ;
  • des dernières difficultés, notamment liées à la manipulation du logiciel et au réglage du saut de vitesse.

Clôture

 Travail à faire à la maison pour la prochaine séance qui sera corrigé avant de faire le bilan en classe :

  • Montrer que le modèle PREM semble le plus cohérent avec la réalité et déterminer la profondeur de la discontinuité de Gutenberg.
    Capture de la fenêtre du logiciel présentant le modèle PREM
  • A partir du profil de vitesse des ondes S, mettre en évidence une nouvelle discontinuité dans le noyau et déterminer sa profondeur et l’état physique des enveloppes.
  • Tracer les différentes discontinuités sur le profil de vitesse papier.
Document élève : Profil de vitesse des ondes P et S du modèle PREM
Les essentiels à retenir :
Notions : Méthodes :
  • Un hodochrone traduit les temps d’arrivée des ondes sismiques en fonction de la distance.
  • Les discontinuités internes du globe modifient la trajectoire et la vitesse de propagation des ondes.
  • La discontinuité de Gutenberg séparant le manteau du noyau vers 2900 km de profondeur, permet d’expliquer la zone d’ombre.
  • Une troisième discontinuité majeure, en plus du Moho et de celle de Gutenberg) a pu être mise en évidence : la discontinuité de Lehmann (noyau externe/noyau interne).
  • Le modèle PREM est un modèle de référence cohérent avec les observations sismiques.
  • Construire un hodochrone (réel et théorique).
  • Construire un modèle numérique scientifique.
  • Tester un modèle par confrontation aux données réelles.
  • Critiquer et améliorer un modèle par itérations successives.
  •  Prochaine séance :
    On mettra en évidence une nouvelle discontinuité par étude sismique, séparant deux enveloppes aux propriétés différentes : la lithosphère et l’asthénosphère.

     Travail à faire pour réviser la séance :
    S’entraîner sur le modèle sismique radial lunaire.

    Analyse et évaluation du dispositif

    Ce qui a bien fonctionné : Forte implication des élèves, meilleure compréhension du lien entre zone d’ombre et discontinuité de Gutenberg, sécurisation progressive face à la démarche de modélisation.

    • Séance efficace du point de vue de l’apprentissage et efficacité visible dans la réussite de la pratique autonome et de la clôture à la maison, et dans les conclusions des élèves. Le lien entre la zone d’ombre et la discontinuité de Gutenberg ont été mieux compris que les autres années. (Visible dans la synthèse connaissances de type bac en fin de chapitre : la majorité des élèves ont su expliquer le modèle PREM et ont pensé à partir de l’observation de la zone d’ombre pour interpréter la présence d’un noyau terrestre).
    • Le travail en binômes a été très bénéfique pour les élèves généralement plus en difficulté.
    • Retours des élèves positifs sur la séance : la fait d’aller par étapes et de les accompagner dans un TP de manière différente leur a donner l’impression de prendre petit à petit confiance face au logiciel et à la démarche. La pratique autonome ne les as pas mis en difficulté ensuite.
    • Implication de l’ensemble des élèves sur ce TP, tous les comptes-rendus ont été réalisés jusqu’au bout.
    • Productions relativement réussies pour l’ensemble du groupe.
      Exemple de production élève 1


      Exemple de production élève 2


      Exemple de production élève 3
    Ce qui a moins bien fonctionné : Ouverture et modelage chronophages, difficultés matérielles liées au numérique, lecture parfois insuffisante des ressources en amont.

    • L’ouverture et le modelage prennent du temps car les notions d’ondes sismiques et de leurs caractéristiques ont nécessité une révision en début de séance. Les documents ressources à lire à la maison en amont de la séance n’avaient pas été lus par beaucoup d’élèves, d’où une perte de temps sur l’ouverture.
    • Problématique du numérique : pour un groupe l’ordinateur était très lent et ils ont eu du mal à commencer la pratique accompagnée.
    • La phase de modelage ne doit pas être réalisée simplement au tableau en interaction : il faut que les élèves face les manipulations numériques en même temps que l’enseignant sur leur ordinateur. Les élèves n’allant pas tous au même rythme, des temps d’attente sont à prendre en compte.
    • Modalité de l’enseignement explicite appliquée à un TP : les allers-retours sur la pratique guidée et autonome sont peu réalisables car les étapes s’enchaînent.
    Les points à améliorer :
    • Faire un QCM en début de séance pour vérifier la lecture et la bonne compréhension des ressources et du cours précédent (caractéristiques des ondes sismiques et définition de l’hodochrone).
    • Faire une autoévaluation des productions avant la discussion collégiale. Pour cela prévoir une grille pour que l’élève puisse identifier les critères réussis ou non.
    Documents pour le professeur :
    Scénario professeur


    Tableau corrigé


    Lien vers l’article scientifique fondateur sur le site de Harvard

    REMERCIEMENTS À :

    • Céline Douguet (professeure testeuse) pour sa contribution à l’analyse et à l’observation du dispositif testé dans sa propre classe ;
    • Anne-Laure Capitan et Isabelle Digard, IPR référentes, pour la richesse des apports théoriques, les conseils donnés et le cadrage des productions dans le groupe de travail consacré à l’enseignement explicite ;
    • Philippe Cosentino, auteur du logiciel Tectoglob 3D, pour avoir incrémenté dans son logiciel mes suggestions, ce qui m’a permis de construire et de mettre en œuvre cette activité.

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