En Première spécialité SVT

Dans le cadre de l’enseignement explicite : l’estimation d’un risque génétique

Conseil génétique, risque génétique, maladie génétique, généalogie, transmission autosomique, probabilités

Destiné aux parents à risque de maladies héréditaires, le conseil génétique informe sur la nature de la maladie qui sévit dans leur famille et la probabilité de la transmettre à leurs enfants. Cette instance permet d’accompagner les personnes concernées et de les informer, le cas échéant, sur la prise en charge médicale nécessaire et les mesures de prévention possibles.
Dans cet article, on propose de recourir à l’enseignement explicite pour établir le diagnostic d’un risque génétique.

Mis à jour le samedi 17 janvier 2026 , par Anne Florimond

L’ENSEIGNEMENT EXPLICITE : UN LEVIER POUR LES APPRENTISSAGES EN SVT

Professeures

Céline DOUGUET, au lycée Richelieu (92)
Anne FLORIMOND, au lycée Richelieu (92)

« Le terme de risque génétique définit la probabilité pour un individu d’être porteur d’une mutation spécifique à l’origine d’une maladie génétique ou celle d’être atteint par cette maladie. L’évaluation de ce risque est un élément essentiel du conseil génétique. »
Source : UNESS (https://archives.uness.fr/sites/campus-unf3s-2014/genetique-medicale/enseignement/genetique_3/site/html/cours.pdf)

Caractéristiques de la séquence

LIAISON AVEC LE PROGRAMME
Niveau concerné Première spécialité SVT
Partie du programme Mutations et santé
PLACE DANS LA PROGRESSION La séquence proposée prend place dans le thème « Corps humain et santé ». Auparavant, dans la partie « Transmission, variation et expression du patrimoine génétique » du thème « La Terre, la vie et l’organisation du vivant », on se sera intéressé au déroulement des divisons cellulaires, dont la méiose. On aura aussi abordé les mutations de l’ADN à l’origine de la variabilité génétique. Dans cette même partie, le professeur aura pu s’appuyer sur l’exemple de la mucoviscidose pour présenter la relation génotype-phénotype et ainsi caractériser les différentes échelles d’un phénotype (moléculaire, cellulaire, de l’organisme). À présent, avec toutes ces connaissances, il s’agit de conduire l’étude d’une maladie monogénique à transmission autosomique récessive
MOTIVATION EN FAVEUR DE L’ENSEIGNEMENT EXPLICITE Nombre de nos élèves ont des difficultés d’une part avec les écritures normées en génétique, d’autre part avec la compréhension du déroulement de la méiose. Or, le calcul d’un risque génétique nécessite que ces deux aspects soient maitrisés. Il semble donc très intéressant d’y consacrer un temps important d’explicitation, en recourant d’abord à un exercice qui nécessite une démarche précise à maîtriser pour ensuite enchainer avec d’autres exercices lui ressemblant afin de permettre une réitération de la démarche.
D’autre part, la répétition du travail sur la détermination et de l’écriture des génotypes (ceux des individus d’une généalogie et ceux de leurs gamètes potentiels) pourrait grandement faciliter l’assimilation ultérieure (en Terminale spé SVT le cas échéant) des notions de la partie « Comprendre les résultats de la reproduction sexuée : principes de base de la génétique » dans laquelle on se penche sur l’hérédité humaine par l’analyse d’arbres. Toujours en Terminale spé SVT, la compréhension du monohybridisme et des deux premières lois de Mendel devrait être facilitée.
PROBLÈME À RÉSOUDRE

Dans des familles où sévit une maladie génétique, on veut évaluer le risque pour qu’un enfant à naître soit atteint de ladite maladie, en s’appuyant sur l’observation de la généalogie, sur la fréquence de l’allèle morbide dans la population et sur les connaissances sur le comportement des chromosomes lors de la méiose.

NOTIONS, SAVOIR-FAIRE, COMPETENCES
Notions
  • Extrait du programme de classe première, enseignement de spécialité  : Certaines mutations, héritées ou nouvellement produites, sont responsables de pathologies parce qu’elles affectent l’expression de certains gènes ou altèrent leurs produits.
    L’examen des arbres généalogiques familiaux permet de connaître les modes de transmission héréditaire des déterminants génétiques responsables.
    Dans le cas d’une maladie monogénique à transmission autosomique récessive, seuls les homozygotes pour l’allèle muté sont atteints. Les hétérozygotes sont des porteurs sains.
Savoir-faire
  • Recenser, extraire et organiser des informations pour prédire les risques génétiques des nouvelles générations en calculant leur probabilité (conseil génétique).
Compétences
  • Pratiquer des démarches scientifiques
  • Pratiquer des langages

ACTIVITÉS

Durée totale ouverture modelage pratique guidée pratique autonomeclôture
2 heures 15 minutes 40 minutes 20 minutes 20 minutes 10 minutes

Déroulement global de la séquence

 

Déroulement détaillé de la séquence

Ouverture

  • L’accroche
    Certaines maladies sont provoquées par la mutation d’un gène. Il est particulièrement utile de prédire, dans une famille où sévit une maladie génétique, le risque pour qu’un enfant à naitre soit atteint de ladite maladie. Ainsi, selon le résultat délivré par le conseil génétique, la famille pourra faire des choix adaptés.
  • L’objectif d’apprentissage et la tâche scolaire permettant d’y travailler
    Lors de la séance, il s’agit, dans le cas de maladies génétiques dont la fréquence de l’allèle morbide est connue, d’analyser les antécédents familiaux pour prédire les risques génétiques des nouvelles générations
    Le raisonnement mené dans le cas d’une famille touchée par la mucoviscidose sera montré par le professeur. Les élèves seront ensuite invités à le reproduire pour d’autres exemples de maladies génétiques.
    À partir de l’observation d’une généalogie, les élèves devront maitriser l’écriture du génotype d’individus et celui de leurs gamètes, ainsi que la prédiction de leurs descendants.
     
  • La réactivation des connaissances nécessaires pour appréhender le nouvel apprentissage
    Différentes notions (méiose, diploïdie, haploïdie, chromosomes homologues, chromatides-sœurs, génotype, phénotype, gamètes) préalablement abordées dans la partie « Transmission, variation et expression du patrimoine génétique » seront nécessaires. Pour réactiver les acquis, on peut proposer le document ci-dessous et y associer un questionnement.
Document pour la réactivation des connaissances préalables pertinentes :Exemples de questions :
Electronographie de l’anaphase 1 de méiose lors de la formation des grains de pollen chez une plante à fleurs dont la formule chromosomique est 2n=24
  • Décrire le comportement des chromosomes en anaphase 1 de méiose
  • Comparer la ploïdie de la cellule initiale et celle des futures cellules filles. Donner la formule chromosomique de ces dernières.
  • Soient a1 et a2 deux allèles d’un gène A. En se limitant à la paire de chromosomes porteuse de ce gène, faire un schéma interprétatif de l’électronographie dans le cas d’une cellule de génotype (a1/a2). Prédire le génotype des cellules issues de la méiose.

 

Modelage

Enoncé donné aux élèves lors du modelage

 
Lors de ce modelage, la tâche réalisée devant les élèves va mobiliser les habiletés (=sous-tâches) suivantes :

  • Etablir la liste de tous les événements qui doivent être réalisés pour que l’enfant à naître soit atteint de mucoviscidose ;
  • Trouver la probabilité de chacun de ces événements, en accordant une attention particulière à l’antécédant familial ;
  • Prévoir les possibilités de gamètes produits lors des méioses ;
  • Construire un(des) tableau(x) de rencontre des gamètes au moment opportun
  • Etablir la probabilité globale recherchée

Lors des interactions avec les élèves, il s’agira :
 de solliciter les connaissances sur le comportement des chromosomes lors de la méiose, au moment opportun ;
 de remobiliser le vocabulaire revu lors de la réactivation des acquis en ouverture ; .
 de réexpliquer l’écriture normée des génotypes des individus et de leurs gamètes
Le déroulé de la démonstration montrée par le professeur est le suivant :
NB : le texte en bleu correspond au "haut-parleur" sur la pensée de l’enseignant ; les passages en italique correspondant aux moments où l’enseignant sollicite les élèves
 

  • La liste de tous les événements qui doivent être réalisés pour que l’enfant à naître soit atteint de mucoviscidose ?
    Pour que l’enfant III3 soit atteint de mucoviscidose, quel soit être son génotype ? Dans ce cas, quelle doit être la contribution de chacun de ses parents ? Sachant que ces derniers ne sont pas atteints, quel doit être leur génotype ?
    Pour que l’enfant à naître soit atteint de mucoviscidose, donc pour qu’il soit de génotype (m/m), il faut, sachant que ses parents sont sains :
    (1) que son père (individu II.4) soit hétérozygote : génotype (m+/m)
    (2) que sa mère (individu II.5) soit hétérozygote : génotype (m+/m)
    (3) que II.4 et II.5, sachant qu’ils sont hétérozygotes, fournissent chacun un gamète de génotype (m).
  • Les probabilités individuelles des évènements à réaliser ?
    (1) La probabilité pour que II.5 soit hétérozygote (m+/m) est égale à 1/32 car c’est la fréquence de l’hétérozygotie pour le gène codant la protéine CFTF dans la population
    (2) L’ événement « II.4 est hétérozygote » a une probabilité qu’on détermine en construisant un tableau de rencontre des gamètes des parents de II.4, en tenant compte du fait que l’individu II.1, frère de II.4, est atteint de mucoviscidose. Son génotype est donc (m/m), il a donc reçu l’allèle morbide m de chacun de ses parents. Ces derniers étant sains, leur génotype est forcément (m+/m). *

    Quel est le principe du remplissage du tableau de rencontre des gamètes ?
    Dans le tableau de rencontre des gamètes, on reporte les génotypes des gamètes et leurs proportions. Les cases d’intersection ligne/colonne contiennent le génotype du descendant et la probabilité d’apparition de génotype.
    Pour prédire les gamètes produits, on s’appuie sur le comportement des chromosomes lors de la méiose : un individu de génotype (m+/m) produit 50% de gamètes (m+) et 50% de gamètes (m).*
    Tableau de rencontre des gamètes de I.1 et I.2

    Quelle case du tableau ne correspond pas à l’individu II.4 ? Que devient alors la probabilité de l’événement (2) ?
    Dans la lecture finale du tableau obtenu, un point de vigilance est la prise en compte du fait que l’individu II4 n’est pas atteint : il faut donc supprimer l’une des cases du tableau.*

    Vers le détermination finale de la probabilité que II.4 soit hétérozygote

Après cette opération, il reste 3 cases équiprobables pour le prédiction de la descendance, ce qui donne 2/3 pour la probabilité de l’événement (2).

 L’évènement (3) « II.4 et II.5, sachant qu’ils sont hétérozygotes, fournissent chacun un gamète de génotype (m) » correspond à un couple de porteurs sains qui ont un enfant malade.

Tableau de rencontre des gamètes de II.4 et II.5 dans le cas où ils sont tous deux hétérozygotes

Ce couple de porteurs sains a 1 risque sur 4 d’avoir un enfant atteint.

  • La probabilité globale ?
    On l’obtient en multipliant les probabilités de chacun des événements à réaliser :
    Le calcul final de la probabilité recherchée

     
    Quelle devient cette probabilité dans le cas d’un couple sans antécédent familial de mucoviscidose ?

 

Pratique guidée

Enoncé de la pratique guidée

Pendant cette phase, il est important de circuler dans les rangs pour vérifier l’avancée de l’ exercice. On peut poser des questions aux élèves régulièrement et relire leur démarche.
Les élèves rédigent la résolution sur des grandes ardoises et ils viennent ensuite exposer leur production devant les autres. Une relecture est faite en en collégial et certains élèves ont corrigé les tableaux des autres à l’aide d’un stylo feutre rouge en expliquant leurs ajouts.

Focus sur une pratique : l’enseignement réciproque
« L’enseignement réciproque est une approche pédagogique où les élèves prennent tour à tour le rôle d’enseignant pour un partenaire ou un petit groupe. Cette méthode se distingue par sa capacité à transformer les élèves en acteurs actifs de leur propre apprentissage, leur permettant de consolider et de renforcer leurs connaissances de manière collaborative et dynamique ».
Voici quelques liens utiles au sujet de l’enseignement réciproque :
https://onlit.org/fr/lenseignement-reciproque-une-methode-pedagogique-innovante/
https://youtu.be/lG6CZvOYLG4)

 

Pratique autonome

Enoncé donné aux élèves lors de la pratique autonome

Lors de cette étape, les élèves travaillent par groupes et rédigent leur résolution d’exercice sur leurs grandes ardoises. C’est l’enseignant qui corrige chaque groupe à la fin en passant dans les groupes. Il note avec un feutre d’une autre couleur sur l’ardoise des élèves et discute avec eux de l’erreur remarquée. Cette phase de pratique autonome se termine par une reprise en collégiale des erreurs communes.

 

Clôture

  • Les essentiels à retenir
    Notions :
    - À partir de l’examen d’un arbre généalogique et à condition de connaître la localisation du gène (autosomes ou chromosomes sexuels) responsable d’une pathologie et son mode de transmission (dominance ou récessivité), on peut établir le risque d’existence d’une pathologie d’origine génique chez un fœtus ou un individu.
     Le calcul de ce risque repose sur un raisonnement probabiliste basé sur la réalisation d’événements indépendants dont on multiplie les probabilités individuelles. Les connaissances sur la méiose sont utilisées.
     Dans le cas de la mucoviscidose, compte tenu du fait qu’environ 3% de la population possède dans son génotype un allèle morbide du gène en cause, on estime qu’un couple sans antécédent familial de cas de mucoviscidose a tout de même 1 risque sur 4100 d’avoir un enfant malade.

    Méthode :
    Construction d’un échiquier de croisement
  • Prochaine séance
    On s’intéressera d’une part à la possibilité, dans certains cas, de corriger le défaut génétique (thérapie génique visant à remplacer l’allèle muté dans les cellules du tissu atteint) et d’autre part aux traitements possibles d’une maladie génétique selon l’allèle morbide possédé par l’individu qui en est touché (exemple des variants de la mucoviscidose).
  • Travail à faire pour réviser la séance (= pour s’assurer de la consolidation)
    Enoncé QCM et exercice pour s’assurer de la consolidation

 

Analyse et évaluation du dispositif

La séance proposée a été testée par un professeur en mars 2025 dans son regroupement de 18 élèves.

Ce qui a bien fonctionné Séance efficace du point de vue de l’apprentissage et efficacité visible dans les évaluations sommatives qui ont été réussies.

  • Le travail en binôme et en groupe a été très bénéfique pour les élèves généralement plus en difficulté.
  • Retours des élèves enthousiastes, ils ont le sentiment d’avoir compris la méthode en fin de séance
  • Implication de l’ensemble des élèves, effet sur la motivation, travail collaboratif, plaisir à présenter aux autres leurs tableaux pour comparer leurs travaux.
  • Productions relativement réussies pour l’ensemble du groupe.
Ce qui a moins bien fonctionné et pourquoi Perte de temps sur l’ouverture avec les élèves qui ont déjà oublié le déroulement précis de la méiose et le contenu des gamètes. Cela a permis de commencer par des révisions de cette notion et du positionnement des allèles et des chromosomes dans les 4 gamètes en fin de méiose.

  • Temps d’apprentissage très différent d’un élève et l’autre et d’un groupe à l’autre lors de la pratique guidée et la pratique autonome. Heureusement que le nombre d’élèves était limité, sinon difficile de suivre tout le monde et de s’adapter au rythme de chacun.
  • Séance intense pour l’enseignant. Difficulté à pourvoir relire tous les travaux au fur et à mesure et à prendre du temps pour faire des allers-retours entre la pratique guidée et la pratique autonome lorsque cela était nécessaire pour certains groupes.
  • Temps limité pour la phase de clôture et la construction d’un bilan en collégial.
  • Les élèves signalent avoir peu aimé la phase de modelage, un peu long et des difficultés à rester concentré pour plusieurs d’entre eux malgré des interactions multiples lors de cette étape.
Les points à améliorer
  • Réaliser l’ouverture, le modelage et la pratique guidée sur environ 1h30 dans une séance de 2h (faire autre chose la dernière demi-heure)
  • Faire la pratique autonome et la clôture à la séance suivante (environ 30 minutes) pour pouvoir revenir en pratique guidée pour les élèves en difficulté. Cela permettrait aussi d’avoir plus d’attention de la part des élèves lors de la phase de clôture.
  • Éventuellement, prévoir un 4e exercice à faire à la maison et à présenter à l’oral (un élève tiré au sort viendrait au tableau).

 
REMERCIEMENTS À :

  • Anne-Laure Capitan et Isabelle Digard, IPR référentes, pour la richesse des apports théoriques, les conseils donnés et le cadrage des productions dans le groupe de travail consacré à l’enseignement explicite ;
  • Agata (de Pixabay) pour le prêt du logo de cet article.

Agenda

Voir tout l'agenda

Dans la même rubrique